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Le télétravail ou l’expansion d’un allié atemporel

Suite au Covid 19, pour limiter la propagation du virus, certaines catégories de travailleurs ont été invitées à limiter leurs déplacements en travaillant à partir de leur domicile.

Bonne nouvelle ! Adieu les longues heures passées dans les transports en communs ou dans les embouteillages ! Terminés les open spaces froids et bruyants !

« Travailler à la maison », des mots qui en ont fait rêver certains plus d’une fois.

Et pourtant ! Au fur et à mesure que les semaines passent, nous nous rendons compte que cette organisation qui aurait dû nous ravir laisse place à une sorte de désillusion. Face aux aléas qu’engendre le télétravail, certains d’entre nous ne pensent plus qu’à une chose : retourner au bureau !

Cela peut s’expliquer par le fait que pour beaucoup d’entre nous le télétravail  a dû être instauré de manière précipitée, dans l’urgence. Bien souvent, nous entendons le terme de «  télétravail subi », en référence au fait de ne pas avoir choisi cette organisation du travail. Celle-ci nous a été imposée afin de nous permettre de préserver notre emploi.

Alors que jusqu’ici nous considérions principalement le télétravail comme une aubaine, le confinement a mis en exergue certains dysfonctionnements qui impactent l’équilibre vie privée-vie professionnelle.

Pour que ce mode d’organisation soit perçu par les collaborateurs comme un atout, il nécessite quelques points de vigilance.

 

 

Quels peuvent être ces points de vigilance ?

 

Le fait de quitter son domicile pour se rendre sur son lieu de travail permet d’entretenir un clivage net entre la vie privée de la vie professionnelle.

 

Dans le cadre du télétravail, la difficulté principale repose sur le fait de maintenir le clivage entre ces deux sphères, tout en exerçant une activité à domicile. Instaurer ce clivage est donc souvent bien plus délicat. Prenons le cas de Marie.

 

En réponse à la crise sanitaire liée au Covid 19, en absence de plan de prévention prévu pour la gestion de ce risque, l’entreprise « Mongolfière » a placée Marie, Assistante de direction en télétravail.

Marie vit avec ses 2 enfants, Noé 5 ans et Noah 10 ans. Les enfants n’ayant pas école, depuis plusieurs semaines, Marie et ses enfants se partagent les différents espaces du domicile. Dans le cadre de son activité, Marie travaille sur ordinateur portable. Ces derniers temps, sa charge de travail est conséquente, tant sur le plan personnel que professionnel. Marie en oublie même de faire des pauses dans la journée. Elle enchaîne les réunions en visio conférence et doit utiliser fréquemment le téléphone pour répondre aux questions des clients. Pour répondre à ses obligations professionnelles, elle s’installe dans les différentes pièces du domicile, selon leur disponibilité. Comme beaucoup d’entre nous, elle utilise la table du salon en guise de poste de travail une fois les repas terminés, elle s’assoit sur une chaise pour remplacer le siège de travail. Il lui arrive de s’installer aussi parfois dans sa chambre sur son lit pour continuer de travailler quand ses enfants regardent la télévision.  

Seulement voilà, depuis quelques jours Marie ressent des douleurs au niveau du dos, des cervicales et des bras. Elle remarque que ses douleurs disparaissent avec un peu de repos.

Aussi, alors que son activité nécessite de la concentration, celle-ci est interrompue à de multiples reprises par les diverses sollicitations de ses enfants (prise des repas, suivi scolaire des enfants, etc.).  

L’ensemble de ces sollicitations l’empêche d’avancer sur le travail à réaliser.

Pour rattraper son retard, Marie allonge son temps de travail lorsque les enfants sont couchés. Avant d’aller elle aussi se coucher, elle utilise son téléphone pour répondre aux nombreux e-mails et autres messages sur les réseaux sociaux qu’elle a reçu dans la journée.

Nous l’aurons compris, ici une des difficultés que rencontre Marie est d’ordre spatial.

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Afin de travailler dans les meilleures conditions possibles au domicile, l’idéal est (dans la mesure du possible) de déterminer au sein de celui-ci un espace unique dédié au travail, où il est facile de s’isoler,  permettant de réaliser les différentes tâches, comme passer des appels téléphoniques, participer à des réunions en visioconférence, ect. Il s’agit ici d’établir un clivage spatial permettant de maintenir efficacement le clivage entre la vie privée et la vie professionnelle.

Dans cette situation, les douleurs de Marie peuvent être dues à son installation. En s’installant comme elle le peut dans les différents espaces de son domicile, Marie doit adopter des postures dites « de moindre inconfort » (posture penchée, courbée, etc.), qui peuvent lorsqu’elles sont maintenues et/ou répétées être à l’origine de troubles musculo-squelettiques.

Idéalement,  l’installation de son espace de travail doit correspondre à un aménagement standard des équipements rencontré dans le cadre du travail sur écran.

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Attention, il convient de rappeler que lorsque nous sommes en télétravail, nous ne disposons pas des mêmes équipements qu’au bureau. Nous devons donc composer avec nos affaires personnelles pour pouvoir nous installer au mieux : utilisation d’un livre épais pour rehausser la hauteur de l’écran par exemple.

 

La seconde difficulté rencontrée par Marie repose sur la gestion du temps et de sa charge de travail. Il n’est pas rare de rencontrer cette difficulté dans le cadre du télétravail.

Avant toute chose, il est faux de croire que parce que nous sommes en télétravail nous pouvons nous la couler douce ! Bien au contraire. Si le télétravail permet d’éviter les trajets domicile-travail, la charge de travail reste parfois inchangée, voire même dans certains cas amplifiée !

Dans la situation de Marie, pour répondre à ses obligations professionnelles, Marie démultiplie l’utilisation du téléphone, des réseaux sociaux, les multiples échanges d’e-mails pour pouvoir échanger avec ses clients. Nul besoin de préciser que l’utilisation de ces canaux demande plus de temps  que le simple fait d’échanger oralement !

En ergonomie nous savons qu’un usage régulier et intense de ces canaux peut altérer considérablement l’articulation vie privée – vie professionnelle dû au temps passé à les utiliser pour communiquer à distance.

Aussi, du fait d’une charge de travail importante à certaines périodes et par manque de temps, il arrive régulièrement que le travail empiète sur la vie privée des travailleurs. En effet, en souhaitant s’avancer sur les tâches à réaliser ou au contraire pour rattraper son retard, le travailleur allonge son temps de travail.

A cela s’ajoute les pauses quasiment inexistantes au cours de la journée…En cette période de confinement que nous avons rencontré, la gestion de son foyer vient amplifiée cette charge de travail.

Non seulement l’ensemble de ces facteurs peut impacter considérablement l’équilibre vie privée-vie professionnelle, mais ils peuvent par la même occasion engendrer un sentiment de frustration, de démotivation, voire d’épuisement.

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Nous le dirons jamais assez, l’un des meilleurs « remèdes » pour préserver l’équilibre vie privée/ vie professionnelle, mais aussi sa santé physique, mentale, et psychique, réside en la maîtrise de son temps de travail et de sa charge de travail.  Cela peut s’effectuer en organisant ses journées par la mise en place d’un planning par exemple. Identifiez, privilégiez les demandes urgentes et acceptez le fait que vous ne pourrez répondre à toutes les demandes dans l’immédiat sans culpabiliser.

N’oublions pas que si le télétravail est en expansion ces derniers temps, les risques associés à celui-ci aussi.

Le télétravail constitue un mode d’organisation du travail qui s’apprend et s’organise. Pour être efficace, celui-ci doit être réfléchis en tant que véritable stratégie de travail et non simplement comme le fait de travailler à la maison.

 

Sabrina Boultache

A propos de Sabrina Boultache

Ergonome – Psychologue du travail Titulaire d’un Master en Psychologie du Travail et en Ergonomie à l’université Paris Ouest, j’exerce en tant qu’Ergonome depuis 6 ans. De manière générale, mon activité consiste à préserver la santé des collaborateurs et entreprises pour améliorer les conditions de travail.